Priorités en mer entre bateaux : voilier ou moteur, face à face, routes croisées et dépassement
En mer, il n'y a ni feux ni panneaux : ce sont les règles internationales pour prévenir les abordages qui disent qui doit s'écarter. Les connaître évite la plupart des situations dangereuses, à condition de les appliquer tôt et franchement.
BA Ligne Bateau · Départ 03:20 Sur l'eau, la question « qui passe en premier ? » se pose sans cesse : un voilier qui coupe votre route, une vedette qui arrive en face, un bateau plus rapide qui vous rattrape. Les réponses figurent dans le règlement international pour prévenir les abordages en mer, le RIPAM, applicable à tous les navires, du dériveur au porte-conteneurs. Voici les règles essentielles pour le plaisancier, et surtout la façon de les appliquer sans ambiguïté.
Un principe avant tout : il n'y a pas de priorité absolue
Le RIPAM ne parle pas vraiment de priorité mais de navire privilégié, qui doit maintenir son cap et sa vitesse, et de navire non privilégié, qui doit s'écarter de sa route. Mais le texte impose aussi à chacun de tout faire pour éviter l'abordage : si le navire qui devait manœuvrer ne le fait pas, le navire privilégié doit lui aussi réagir. Avoir « la priorité » ne dispense jamais d'agir quand la collision devient probable.
Comment savoir s'il y a risque d'abordage ?
Le test le plus simple : observez l'autre navire par rapport à un repère fixe de votre bateau (un chandelier, un hauban). Si son relèvement ne change pas alors que la distance diminue, vous êtes en route de collision. S'il défile vers l'avant ou vers l'arrière de votre repère, vous passerez l'un devant l'autre. En cas de doute, considérez qu'il y a risque et agissez.
Entre deux bateaux à moteur
| Situation | Qui manœuvre ? | Comment ? |
|---|---|---|
| Face à face (routes opposées) | Les deux | Chacun vient sur sa droite (tribord) pour se croiser bâbord contre bâbord |
| Routes qui se croisent | Celui qui voit l'autre sur sa droite (tribord) | Il s'écarte, de préférence en passant derrière l'autre |
| Dépassement | Le bateau qui rattrape | Il s'écarte du bateau rattrapé jusqu'à l'avoir largement dépassé |
La logique est proche de la priorité à droite sur la route : le navire qui en voit un autre arriver sur son tribord doit lui laisser le passage. Face à face, aucune hésitation : on vient franchement sur tribord. Et celui qui rattrape un autre bateau, quel qu'il soit, voilier compris, doit toujours s'en écarter.
Voilier ou bateau à moteur ?
En règle générale, le bateau à moteur s'écarte du voilier, car le voilier est moins manœuvrant et dépend du vent. Attention : un voilier qui navigue au moteur, même voiles hissées, est considéré comme un bateau à moteur et perd cet avantage. De jour, il doit d'ailleurs l'indiquer par un cône pointe en bas.
- Le voilier qui rattrape un bateau à moteur doit s'en écarter, comme tout navire qui rattrape.
- Dans un chenal étroit, un voilier ne doit pas gêner un navire qui ne peut naviguer en sécurité qu'à l'intérieur de ce chenal.
- Face aux grands navires de commerce, ferries, navires de pêche en action de pêche ou navires à capacité de manœuvre restreinte, le plaisancier, voile comme moteur, doit s'écarter.
- Dans un dispositif de séparation de trafic, les petits navires ne doivent pas gêner les navires qui suivent la voie de circulation.
Entre deux voiliers
Les voiliers ont leurs propres règles, fondées sur l'amure, c'est-à-dire le côté d'où vient le vent :
- 01
Amures différentes
Le voilier qui reçoit le vent par bâbord (bâbord amures) s'écarte de celui qui le reçoit par tribord (tribord amures).
- 02
Même amure
Le voilier au vent, c'est-à-dire le plus proche de la direction d'où vient le vent, s'écarte de celui qui est sous le vent.
- 03
Doute sur l'amure de l'autre
Si vous êtes bâbord amures et ne pouvez pas déterminer l'amure d'un voilier au vent de vous, considérez que vous devez vous écarter.
La hiérarchie générale des navires
Au-delà des cas de rencontre, le RIPAM établit un ordre général : un navire doit s'écarter de ceux qui sont moins manœuvrants que lui. Du plus manœuvrant au moins manœuvrant, schématiquement :
Qui s'écarte de qui, du plus manœuvrant au moins manœuvrant
Ces navires se reconnaissent à leurs marques de jour (ballons, cônes) et à leurs feux de nuit. Un plaisancier n'a pas besoin de tout connaître par cœur, mais doit savoir identifier un chalutier en pêche ou un navire en difficulté, et s'en tenir à distance.
Les erreurs les plus fréquentes
Bons et mauvais réflexes
À faire
- Surveiller l'horizon en permanence, à 360 degrés
- Manœuvrer tôt et franchement
- Passer derrière le navire privilégié
- Réduire sa vitesse en cas de doute
À éviter
- Couper la route d'un bateau devant son étrave
- Faire de petites corrections de cap invisibles
- Compter sur la priorité sans vérifier que l'autre a vu
- Naviguer sans veille, pilote automatique enclenché
La vigilance passe aussi par un équipage en état de veiller : la fatigue et l'alcool réduisent fortement la capacité à repérer un danger, comme le rappelle notre article sur l'alcool à la barre d'un bateau. Et chaque personne à bord doit disposer d'un gilet de sauvetage adapté à la zone de navigation.
Questions fréquentes